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Samedi 27 Février 2016

L'INDE EN SAC A DOS (KERALA : KODANAD, FORT COCHIN, THEKKADY, VARKALA)

Nous voilà enfin au pays des couleurs.

Des odeurs.

Du foisonnement.

De l'abondance végétale.

Quel bonheur de retrouver des arbres en liberté (aux Emirats, on attache les plantes à des tuyaux d'arrosage, bien alignés, bien coupés, avec juste ce qu'il faut de couleur pour faire style « rond-point de Bonneville »).

Nous sommes au Kerala, un état du sud de l'Inde.

Et c'est une vie de rêve, des vacances dans notre voyage.

On se paie des 4 étoiles pour le prix d'une auberge de jeunesse en France.

On mange des plats où les herbes fraîches, les épices, les sauces rappellent à nos papilles qu'il y a d'autres saveurs que celles des pâtes à la sauce tomate ou des sandwichs au thon.

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L'arrivée à l'aéroport de Cochin a bien sûr été un choc.

Chaleur, moiteur.

C'était 1 heure du matin et on transpirait à grosses gouttes pour récupérer nos sacs à dos, trouver un taxi, monter du bon côté.

La conduite à gauche est déjà une épreuve mentale en soi. A chaque rond-point, on se demande pourquoi il le prend à contre sens. Mais, en plus, en Inde, c'est le royaume du klaxon et du millimètre. A chaque fois, on se dit qu'on va mourir et, finalement, dans un demi-brouillard acoustique, on passe à un cheveu du camion qui venait en face, de la moto qui se rabat, de la charrette qui manoeuvre.

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Ce qui est génial en Inde, c'est que rien n'est médiocre, terne, fade.

C'est la luxuriance en marche.

Les femmes ont des habits magnifiques pour aller juste acheter trois oignons. La mauvaise herbe du bord de route est un concentré de « Garden Center », section plantes d'appartement exotiques.

Quant aux odeurs, on a l'impression d'être enfin sortis d'un long rhume. Ça sent le jasmin, la cardamone, le gingembre et, un coin de rue plus tard, ça pue la chair fraîche devant l’échoppe du boucher.

Bref, j'adore.

Et, le Kerala, c'est le pays des éléphants.

Parfois, Coralie languit un peu de la maison. Elle demande si on va visiter encore beaucoup de pays avant de rentrer en France. Alors, on lui avait dit que le dernier pays où on allait se rendre avant de faire demi-tour pour Petit Bornand, c'était l'Inde, le pays des éléphants.

Et, du coup, on fait le tour des endroits où on peut voir ces énormes bêtes.

On a passé trois jours à Kodanad où se trouve un « hôpital des éléphants » (avec une usine de ciment à côté s'il faut faire un plâtre pour une fracture du tibia).

En fait, c'est un zoo pour animaux orphelins ou blessés.

Au détour d'un petit sentier, on a vu tout à coup surgir deux éléphants montés par leur cornac, qui amenaient la litière pour les biches et les cerfs, et c'était tellement impressionnant.

Ces animaux énormes marchent sans un bruit. Ils ont la démarche chaloupée d'un chalutier qui rentre au port sur une mer apaisée de fin de tempête. Poétique.

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Ensuite, au bord de la rivière, on a pu voir quatre éléphants vautrés sur le côté en train de se faire frictionner le crin. Lorsque l'éléphant se relève pour s’allonger sur l'autre flanc, c'est comme si, d'un coup, on retirait 500 litres d'eau de la rivière, on voit presque le niveau baisser…

On aurait voulu rester plus longtemps pour mieux s'imprégner de ce spectacle, mais le « tour organisé » qu'on avait payé un prix de cochon devait encore nous emmener, au pas de course, dans une ferme biologique avec des poissons mangeurs de peau morte. Au carrefour de 7 rivières. Au bord d'un petit lac avec un tour en « speed boat » (en fait, c'était une petite barque avec un moteur de tondeuse à gazon… On avait l'air bien débiles avec notre gilet de sauvetage trop petit et notre front ruisselant de sueur!). Et retour à l'hôtel.

Au final, comme la musique de notre hôtel 4 étoiles était trop pourrie et qu'il n'y avait vraiment rien d'autre à faire dans le bled, à part se faire écraser ou marcher sur un serpent le long de la « nationale »,on est partis pour Fort Cochin, dans une jolie pension où on était comme à la maison.

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Fort Cochin, c'est un gros village de pêcheurs transformé en petite ville et colonisé par les touristes. 

D'ailleurs, les touristes, dans cette région, c'est hyper drôle ! Ils se déguisent tous en « couleur locale », en portant des pantalons amples avec des petites fleurs ou des chemises en batik. Ils ont des vieux sacs en cuir qui pendouillent et ils se font des tatouages où le papillon de l'épaule droite rivalise avec le verset de Confucius sur l'épaule gauche. On dirait les Dupont déguisés en mandarin pour passer incognito à Shangai !

Pour la petite histoire, c'est à Fort Cochin que Vasco de Gama a cassé sa pipe. On peut voir la petite église où ne repose plus son corps, rapatrié il y a déjà belle lurette. Emouvant.

A Fort Cochin, il y a trois choses à faire, selon notre guide touristique.

La première consiste à voir les filets de pêche chinois au coucher du soleil… C'est très beau, effectivement, très photogénique, mais c'est un peu comme si on photographiait la tour Eiffel depuis l'étroite fenêtre de ses toilettes. Si on toune la tête à gauche, c'est le dépotoir. Si on tourne à droite, c'est une usine avec de gros cargos. Et si on regarde en l'air, on se fait crotter dessus par les corbeaux. Mais l'ambiance du bord de mer est toujours sympathique.

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La deuxième chose à faire, c'est d'aller au Kashi Art Café. C'est un petit bistro au style zen  où tu manges des penne au pesto avec d'autres touristes. C'est très branché et super « trendy ». On y a retrouvé une copine qui habite à Cochin depuis 15 ans, on était dans un autre temps l'espace de quelques heures, c'était super agréable.

Et la troisième chose à ne pas manquer, c'est de voir un spectacle de Kathakali. 

Le Kathakali, c'est du théâtre à la mode indienne. Un comédien énorme s'assied sur un petit tabouret. Il croise ses bras. Et c'est son visage qui se met à jouer tous les registres. Ses yeux tournent au rythme d'un tambourin endiablé et ses muscles du nez, des joues, des sourcils se contractent dans tous les sens. C'est du mime sur quelques centimètres carré. Arlequin et Colombine cachés derrière un poil de nez.

C'est ça qui est super drôle, en fait, car, de prime abord, le Kathakali nous est totalement étranger. Le maquillage des comédiens, leurs costumes, la musique, tout semble fantastique, purement oriental, à mille lieues de notre culture européenne. Et, lorsque la pièce commence, c'est comme du théâtre de boulevard, banal et universel : un homme fait la cour à une femme, qui le repousse et va se plaindre à son frère. Au final, le frère et l'autre mec se battent… C'est « les feux de l'amour », version tragédie, sauf que les comédiens ont du rouge à lèvre vert, des jupes en paille, des postures incroyables et des clochettes au pied.

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Ensuite, on s'est dit qu'il fallait retourner voir des éléphants.

Du coup, on est allé dans leur sanctuaire, à la montagne, à Thekkady (qui se dit aussi Kumily, histoire de perdre les touristes…). 

Pour faire des économies, on s'est entassé dans une petite suzuki avec un sympathique chauffeur qui nous a fait faire le tour du pays pour nous montrer son club d'aviron, son école, les rizières et le sourire de son oncle. Tout cela était très joli, mais ça nous a fait presque 5h30 de voiture au lieu des 4 heures prévues (pour 180 kilomètres)… Mais ça valait la peine !

Là bas, on s'est offert le programme « Discover the world of the Elephant » et là, on a pu toucher de l'éléphant, du vrai !

Il y a un « embarcadère à éléphant », une petite maison à 3 mètres du sol. Quand la bête a accosté, on peut monter sur son dos.

Ça fait mal aux fesses, ça te distend les muscles des cuisses et ça pue. Mais c'est tellement drôle de se faire balader à 3 mètres du sol et de se faire fouetter les mollets par les poils rugueux des oreilles du pachyderme…

Ensuite, on nous a donné des grosses brosses et on a eu le droit d'aller patauger dans une petite piscine avec l'éléphant couché en position lascive.

Et, bouquet final, on a même eu le droit, en fin de programme, de s'asseoir sur le dos de l'éléphant et de recevoir une douche monumentale, à faire pâlir d'envie tous les oto-rhino-laryngologues qui regrettent qu'on ne se nettoie pas mieux les muqueuses nasales. 

Les enfants étaient aux anges ! Nous, on prenait des photos car il faut toujours prendre un peu de recul dans cette histoire.

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Pour rester dans un climat studieux et scolaire à Kumilly, nous avons fait, en une seule visite, un peu d'histoire, de sciences naturelles, de chimie et de langue vivante en visitant, en anglais, une usine de fabrication de thé qui date de 1941.

Malheureusement, il y avait une coupure de courant, alors les vétustes machines étaient à l'arrêt. On aurait dit un « éco-musée » du temps passé, mais c'étaient pourtant des vraies feuilles de thé et il y avait internet sur le bureau en acajou vieilli du directeur.

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Comme la petite ville de Kumilly sentait trop le touriste, qu'il y avait un cafard mort dans notre chambre et que ça puait le « graillou », on est rentré à Fort Cochin, sans passer par le club d'aviron de l'autre chauffeur. 

La voiture était plus spacieuse, mais la conduite tellement sportive qu'Alex s'est offert une purification intestinale en 8 stations, un vrai calvaire pour notre petit voyageur…

Heureusement, à Fort Cochin, il a pu se refaire une santé, car on y est resté 3 jours, du temps de résoudre nos derniers problèmes avec notre cargo…

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Ce qui est terrible avec le shipping, c'est que ça coûte super cher, et que rien n'est maîtrisé au niveau du temps et de la communication. 

Pour la faire courte, cela faisait depuis le 20 janvier qu'on nous avait promis un bateau. Nous étions donc rentrés rapidement d'Oman aux Emirats Arabes Unis pour préparer notre camion à ce grand voyage. 

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Mais ce n'est que le 18 février que notre camion s'est, effectivement, retrouvé à quai, au port de Djebel Ali.

A ce moment, le planing était le suivant : le bateau partait le 21 (mais, comme le 19 et 20 sont un vendredi et un samedi, jours fériés, on devait amener notre camion déjà le 18…) et, le 25 février, il était à Mumbai. Officiellement donc, après 4500 dollars, on pouvait récupérer notre camion après une semaine de voyage. Pas mal comme plan !

Sauf que, ça ne s'est pas vraiment passé ainsi. Toujours le fameux grain de sable dans la machine diabolique…

Le 21 février, on nous a dit que le bateau n'était pas encore parti, et qu'il fallait encore payer 500 dollars car nos dimensions n'étaient pas celles indiquées sur la carte grise. Le 22, on nous a dit qu'on nous informerait s'il y avait du mouvement… Le 23, on nous a dit que le bateau était parti et qu'il était direct pour Mumbai. Le 29 février, on nous a enfin donné les références du compte en banque pour payer le surplus. Sauf qu'il faut 4 jours à notre banque pour valider le paiement et que, tant qu'on n'avait pas payé, la compagnie n'envoyait pas à Mumbai le document officiel pour effectuer le dédouanement… Heureusement, notre copain Richard est allé payer en direct le bureau et là, en consultant internet, on a réalisé que notre cargo n'était pas direct, qu'il était passé par Bahrein et qu'il n'allait arriver à Mumbai que le 4 mars… Bref, c'est la galère, le Titanic en maillot de bain.

Heureusement qu'on avait anticipé le bazar, et que, finalement, on a bien géré notre temps en partant tout de suite au Kerala pour 2 belles semaines de vacances !

Après Fort Cochin, nous sommes encore allés plus au sud pour voir si la lune se marre à l'horizontale (mais il n'y avait pas de lune…). On s'est payé un hôtel de rêve avec piscine au bord de mer à Varkala. C'est le Saint-Tropez des baba-cools. 

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Le petit « village » est situé au sommet d'une falaise. Mais, en fait, ce n'est pas un « village », c'est un concentré d'hôtels, de restaurants, de cafés, de boutiques de souvenirs, d'écoles de yoga et de centres ayurvédiques. Il y a un petit escalier étroit qui pue la pisse qui permet de descendre au pied de la falaise (pleine de poubelles, de vieux sacs, de bouteilles vides accrochées sur les « vires ») et là, il y a une plage avec de belles vagues.

En fin d'après-midi, quand il commence à faire un peu moins chaud, c'est super drôle, car le soleil se couche. 

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Jusque là, rien d'étrange, mais c'est très ethnique ! Il y a deux groupes : les jeunes mecs (et moins jeunes aussi) Indiens qui viennent mater les filles européennes en maillot de bain et les Européens illuminés qui viennent sentir les énergies cosmiques. 

Un peu partout sur la plage, on voit des hommes et des femmes, assis plus ou moins confortablement en tailleurs, le visage tourné vers l'horizon, là où se couche le soleil, un sourire béat sur leurs lèvres et les paupières mi-closes (forcément, on ne peut pas se remplir d'énergie avec des « Ray-Ban » sur les yeux), les paumes ouvertes vers le ciel, attendant de recevoir la puissance ou l'apaisement du rayon vert, à moins que cela ne soit l'obole d'un malicieux corbeau venu déposer sa fiente.

Et dès 18h30, quand le soleil se couche, c'est la ruée nonchalante (le baba-cool se déplace avec lenteur, le sourire aux lèvres) vers les terrasses du haut de la falaise pour siroter une bière ou un thé aux herbes de Provence avant de commander un riz biryani deux fois plus cher qu'ailleurs…

On est resté jusqu'à dimanche, le 6 mars, dans ce petit « paradis », puis on est allé à Thiruvananthapuram (qui se dit aussi Trivandrum pour les bègues et les dyslexiques) pour prendre l'avion et le chemin du retour… Nous n'irons plus jamais, en tout cas dans ce voyage, plus au sud. Quand même, c'est chouette d'être allé jusqu'au 8ème parallèle. On sent déjà l'odeur du reblochon !

 

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Mercredi 9 Mars 2016

L'INDE EN SAC A DOS (MUMBAI)

Bombay. 

Un nom qui pète, qui explose, qui claque dans la brise.

Mais maintenant, ce n'est plus la « Bonne Baie » des Portugais, les années passent…

C'est la mégapole abominablement merveilleuse de Mumbai.

Le choc, l'effroi, puis, après l’apprivoisement, le plaisir de la grande ville. Ses petits commerçants, son animation, son trafic, ses bâtiments tarés. 

C'est vraiment marrant car, dans certains quartiers, Mumbai est tellement « british », avec ses immeubles victoriens, ses bus à 2 étages, ses lampadaires gothiques, mais tout ça sous la moiteur, les trottoirs défoncés, les fils électriques tout entortillés, la rouille et les vaches sacrées qui broutent au pied des feux rouges.

Sincèrement, dans l'avion qui nous menait du Kerala à Mumbai, j'appréhendais terriblement l'arrivée à l'aéroport domestique. Je voyais déjà la cohue, les petits enfants dépenaillés qui s'accrochent à nos sacs, notre portemonnaie qui s'envole et les flics en uniforme qui rigolent…

Et, au lieu de ça, nous sommes arrivés dans une aile de l'aéroport international, avec une petite musique douce, des couloirs immenses et désertiques, une bonne climatisation et des oeuvres contemporaines au mur. J'étais presque un peu déçue…

On a trouvé un taxi tout petit dans lequel on s'est entassés et on est partis pour 1h30 de route pour « entrer » dans Mumbai… Et là encore, tout était tranquille, la « voiturette » était climatisée, les fenêtres fermées, et j'avais la tête sur le petit écran de notre téléphone avec Olive pour gérer des démarches de shipping avec notre intermédiaire de Dubaï et de Mumbai, suite à une légère erreur de 993 kilos sur un document importantissime.

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Mais, une fois descendus du taxi, ça a été le choc.

Tout poissait, les klaxons étaient assourdissants, notre chambre d'hôtel était bien crade malgré le prix de cochon qu'on payait.

Et surtout, des petits enfants étaient allongés sur le trottoir, pieds nus… 

La misère à 50 ans, c'est moche. La misère en famille, c'est ultra-moche. Mais la misère en orphelin, c'est indicible. J'avais envie de pleurer.

Heureusement, l'âme humaine est généreuse, elle a de la place pour gérer toute souffrance et sait mettre de côté ce qui ne peut être digéré et, le lendemain, je m'étais acclimatée.

Pour que les chauffeurs de taxi arrêtent de nous proposer des visites de la ville, du quartier, de la rue ou, en désespoir de cause, de leur allume-cigare, on disait qu'on était à Mumbai « pour le business ».

C'est ainsi que, dès lundi 7 mars, on a rendu visite à Mustafa, notre agent de shipping qui organise le dédouanement de notre camion à Mumbai.

Pour expliquer simplement la situation, voici comment cela se passe: les fonctionnaires indiens, d'après ce que Mustafa nous a expliqué, traquent la coquille dans la paperasse. Lorsqu'ils en trouvent une, ils bloquent la procédure et acceptent de détourner pudiquement les yeux de la coquille poilue, à condition que leur regard soit attiré par le miroitement de billets avec plus ou moins de zéro derrière, en fonction de la boursouflure de la coquille…

Et pour nous, manque de bol, la coquille était de belle taille : notre intermédiaire à Dubaï a indiqué un poids net du camion inférieur de 993 kilos au poids à vide… A croire qu'on faisait du trafic d'hélium ou de l'importation de montgolfières.

Et, forcément, comme c'est du bakchich, ce n'est pas notre intermédiaire de Dubaï qui aligne les billets, car ça n'entre pas dans sa comptabilité… Donc, c'est à nous de rajouter encore du fric sur la table… La petite croisière de notre camion en pension complète nous aura ainsi coûté un saladier. On espère qu'au moins il aura apprécié la beauté du voyage.

 

Le seul avantage dans cette galère (bon, d'accord, elle est facile, mais il fallait bien la placer), c'est que cette petite période sans camion a été une très belle pause dans notre voyage.

On a retrouvé de l'espace, le confort de bonnes douches, des chambres séparées, plein de moments où on ne pense à rien, sauf à regarder le soleil se coucher et à se demander dans quel restaurant aller manger…

Mais, le problème, quand on voyage d'hôtels en hôtels c'est que, tous les 2 ou 3 jours, il faut passer une demi-journée à trouver l'hôtel suivant. 

Et une fois à l'hôtel, on a l'impression d'être une « vache à lait » (sacrée, sans doute, mais vache quand même). On nous propose un taxi 3 fois plus cher, des excursions pour gogo, on nous fait payer des taxes cachées, on nous dit « yes, Madam », mais rien ne se passe… ça change des relations de découvertes qu'on a vécues en arrivant avec notre camion dans le quotidien des  « vrais » gens. Le confort du « vrai » touriste a un prix !

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A Mumbai, on est allé lundi dans le bureau de Mustafa pour signer des papiers, transmettre des documents, s'informer de la situation, puis nous avons tout géré par « whats app » jusqu'au vendredi 11 mars. 

Du coup, ça nous a laissé du temps pour découvrir la ville, ses différents quartiers, ses curiosités. 

Mardi, nous sommes allés à Elephant Island. C'était une belle excursion, à la fois pour découvrir Mumbai par la mer et pour s'imprégner de culture troglodyte.

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C'est marrant car, durant le trajet en petit bateau, on a aperçu le gros cargo sur lequel se trouvait notre camion. On a pu ainsi confirmer à Mustafa que le bateau était bien arrivé au port ! On a essayé de voir une petite tache jaune avec 4 roues sur un bout du quai, mais sans succès… 

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C'est beau de voir Mumbai de loin, avec tous ses gros immeubles, ses petites îles, ses bateaux gigantesques en attente de déchargement. Par contre, l'eau est brune et on a peur d'attraper la peste et le choléra quand une malheureuse petite vague vient jeter quelques embruns sur l'embarcation.

Sur l'île Elephant, il n'y a pas de pachydermes. C'est jusque que, de loin, on dirait le dessin du petit prince avec un éléphant mangé par un serpent (là où les adultes voient un simple chapeau). Bref, pas de promenade à dos de grosses bêtes, mais un pèlerinage de boutiques en boutiques pour arriver, après 800 mètres, à une succession de grottes creusées dans la roche il y a belle lurette (environ 1300 ans) à coup de serpettes par les adeptes du dieu Shiva. C'est tellement impressionnant (enfin, je dois avouer que j'étais un peu la seule à m'extasier… c'était peut-être la chaleur qui rendait les autres membres de la famille moins réactifs à la culture hindoue). Les grottes ont d'immenses piliers à l'intérieur, et des portes sculptées avec Shiva dans toutes les positions, même les plus étranges (pas étonnant quand on a autant de bras). C'est vraiment magique de voir la « danse cosmique » de Shiva, figée dans la pierre, pour réveiller le monde et le mettre en mouvement.

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Devant les grottes, il y a plein de « vrais-faux » guides, des touristes indiens aux pieds plats d'avoir montés les marches de la petite colline et qui veulent absolument nous prendre en photo pour se récompenser de leur effort et surtout, des petits singes en famille qui viennent tuer le temps en se grattant les poils pour le plus grand plaisir de leurs cousins « sapiens sapiens ». 

Coralie a adoré, mais sa curiosité a failli mal se terminer lorsque le macaque a montré les dents… D'ailleurs, Coralie doit avoir un bataillon entier d'anges gardiens qui se relaient en permanence pour veiller à son bien-être (à Varkala, elle a foncé dans un rickshaw : un bleu à la tête, à l'hôtel Akhil, elle est tombé dans un bassin à poissons désaffecté : quelques contusions, à Mumbai, elle s'est fait foncer dessus par une vache : une petite égratignure).

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Et sinon, dans Mumbai, on s'est promené au gré de nos besoins : Découverte du quartier du Fort pour aller chez le coiffeur. Shopping à Churchgate station pour trouver des chaussettes et des robes de princesses. Déambulations à Colaba pour trouver des T-shirts, des baskets, des lunettes de soleil… C'était vraiment le moment de se refaire une beauté ! On est devenu des super-pros du marchandage, et, finalement, on a beaucoup dépensé car, à chaque fois, on se disait qu'on avait bien économisé et que, donc, on pouvait continuer à dépenser ce qu'on avait économisé… Logique ! N'empêche que, grâce à ce système, on était heureux et les vendeurs aussi, c'est le « happy business ».

On a même longé tout « marine drive » avec Coralie pour trouver une place de jeu, mais sans succès. A Chowpatty Beach, on a regardé l'eau de loin, ça sentait un peu trop les égouts sans les couleurs…

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Pour être sûrs de ne pas être trop déçus de quitter le monde de « luxe » dans lequel on avait vécu durant 3 semaines, on s'est payé, pour notre dernière nuit avant le camion, un hôtel vraiment pourri. On était les 5 dans la même pièce, avec des lits en paille bien dure et qui pique. La climatisation était cassée et les toilettes sur le palier. Mais on était dans un quartier sympa, à Colaba, dans un vieil immeuble plein de charme, avec un petit balcon jonché de crottes de pigeons et de feuilles de manguiers moisies.

L'hôtel s'appelait « Bentley ». On était prêt à retrouver notre « Iveco ».

 

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Jeudi 17 Mars 2016

MUMBAI en CAMION

Après trois semaines en sac à dos, nous voilà à nouveau abrités dans le ventre de la tortue, lovés dans notre coquille d'escargot.

C'est un peu la même ambiance que dans les entrailles de ces petits animaux rampants adeptes de la lenteur.

C'est chaud, c'est moite et ça pue.

On se doutait bien, ce vendredi 11 mars, après trois semaines de confinement intense, que ça n'allait pas sentir la rose dans notre camion, mais le premier contact une fois la cellule ouverte a été assez violent : il devait faire 50 degrés à l'intérieur, les murs poissaient et il y avait du bazar avec du sable collé partout, sur tous les centimètres carrés. 

C'était la caverne d'Ali Baba, version souk englué. 

En guise de « sésame, ouvre-toi », on a bataillé pendant une heure pour dévisser toutes les plaques de protection qui obstruaient les fenêtres, la porte et le passage vers la cabine.

N'empêche que notre préparation avait été efficace. Rien n'avait été volé, rien n'avait été cassé. Tout était aussi mal rangé et poussiéreux comme on l'avait laissé à Dubaï, dans la précipitation du départ. 

Les autorités portuaires avaient amené notre camion à une station service à quelques mètres du port, et c'est là que nous sommes restés pendant trois jours, du temps de tout ranger, tout nettoyer, tout faire briller.

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La valse magique du chiffon à poussière nous a redonné le plaisir de vivre dans nos 10 mètres carré. C'est drôle de voir que la notion de confort tient parfois à pas grand chose.

Pour nous, on s'est senti bien dès que tout a été propre.

Et, pour le gardien de la station service, c'est encore à un autre niveau. La nuit, il s'allonge sur un petit matelas qui tient tout juste sur une des plaques du pont qui sert à soulever les voitures pour les nettoyer. Et, le matin, il prend environ 15 minutes à plier méticuleusement son petit matelas autour de son oreiller graisseux. Il tire sur les côtés avec soin. On sent que son dernier espace de confort est dans la précision de ses gestes pour rendre un peu d'harmonie à une vie si délicate. Le premier soir, on lui a donné une grande natte qu'on nous avait offerte aux Emirats, mais ce n'est que le lendemain qu'on a compris que notre cadeau était un peu trop large…

Dormir dans la rue, à Mumbai, est vraiment une expérience insolite ! Ça klaxonne à 20 centimètres de nos oreilles, ça pisse contre nos roues, ça chante et, la journée, quand tu ouvres la porte, il y a rapidement un petit attroupement autour de l'échelle. On se sourit, on répète dix fois les mêmes choses, … c'est marrant mais un peu lassant.

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Le quartier où on dormait est un « quartier d'affaires », le Ballard Estate, construit au début du XXème siècle sur les marais pour offrir à Bombay une place commerciale de choix à côté du port.

Mais maintenant, beaucoup d'immeubles sont à l'abandon, envahis par la végétation. Le système électrique date de 1914 et ce « quartier d'affaires » est un concentré de gens plus ou moins bien habillés, plus ou moins affairés, qui gravitent la journée dans ce quartier fantôme. Et le soir, comme il n'y a pas d'habitants, les rues se vident progressivement et laissent place à des enfants en roller ou à vélo…

Le dimanche, c'est encore plus étrange ! Dans chaque rue en damier, il y a une équipe de cricket improvisée qui dispute un match sous les clameurs de supporters. Ça crie, ça applaudit, ça résonne de rue en rue…

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L'après-midi, il y a même eu le tournage d'un film avec un grand acteur de Bollywood, de faux trams, de la fausse pluie…

Et surtout, ce qui a grandement contribué à l'animation du quartier, c'est que, le jour même où on récupérait notre camion, un important politicien était transféré pour une audition au tribunal pénal de Mumbai, situé 50 mètres à côté de la station service où on dormait. Du coup, tout le quartier était envahi de camionnettes de télévision, avec d'immenses paraboles, et une cinquantaine de journalistes faisaient le pied de grue devant le tribunal pour attraper au vol une déclaration du politicien véreux à la fin de son audience.

Et comme un journaliste est une bête curieuse, à peine avions-nous ouvert les portes du camion que 20 micros poilus sont venus s'agiter sous nos yeux pour savoir d'où on venait, comment on s'appelait, pourquoi on était là. Le patron de la station service était fâché car l'attroupement bloquait l'accès à sa pompe, et nous on était en pleine suée, tout rouges, en train de s'acharner sur les petites vis avec le seul tournevis pourri qu'on avait retrouvé dans tout notre bazar. Ce qui fait qu'on n'est malheureusement pas apparus en couverture du Times of India…

Et, pendant trois jours, le politicien a essayé de sauver la face en payant des manifestants qui venaient agiter des banderoles de soutien devant notre camion, c'était animé !

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Après trois jours de cette agitation, on était un peu fatigués. Alors, après avoir déposé notre dossier pour le visa chinois, on est partis pour la campagne, à Vasai, à 70 kilomètres de Mumbai. C'était mardi matin, 10h30, on s'est dit qu'on devait y arriver pour midi… Mais c'était sans compter sur la circulation diabolique de la ville.

Après 10 minutes, on a accroché méchamment l'arrière d'une voiture qui pensait avoir trouvé une 3ème voie sur une route à double sens déjà bien encombrée… On a laissé le chauffeur à son mauvais karma, vu qu'il s'était embouti tout seul sur notre pare-choc.

Et, après 3 heures de lutte acharnée contre les nids de poule, les piétons pressés, les mobylettes surchargées, les taxis qui se faufilent, les camions qui forcent, les bus qui dépassent en trombe puis s'arrêtent brutalement devant leur arrêt, et le vaches qui traversent en douce sans rien regarder (classés dans l'ordre croissant de priorités), on est enfin arrivés à la sortie de la ville.

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Et ensuite, pour faire 20 kilomètres, on a encore mis une heure car le petit village où on allait était parcouru de fils électriques en quinconce, de charrettes qui encombrent, de marchands ambulants. 

Faut dire que, forcément, vu que la conduite est à gauche, c'est assez sportif, faut être bien coordonné. Olive a les commandes, et moi j'ai le contrôle visuel. Il faut vérifier que les motos ne se coincent pas entre le pare-boue et le bas côté de la route, faire des gestes pour bien montrer qu'on veut doubler, ne pas se laisser distraire par les klaxons des hommes trop surpris de voir une femme au volant, sans volant…Bref, une jolie petite excursion de tout repos.

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Vers 14 heures, on s'est enfin posés. On avait cru avoir trouvé la place de rêve en bordure d'une grande clairière, sous de grands arbres. Mais, à 14 heures 15, on nous a demandé de bouger car un match de cricket allait commencer et on était stationné sur la place des spectateurs. A 18 heures, on a encore dû bouger car un couple d'Indiens nous ont invités pour partager un bon repas chez eux. Comme on n'arrivait pas à atteindre leur maison avec notre camion, à cause des ruelles trop étroites, on a encore dû bouger le camion à 22 heures pour aller se garer devant l'entrée de l'atelier de mécanique du monsieur qui nous avait invité. C'était bruyant, il y avait des moustiques et il faisait super chaud. Le lendemain, à 9 heures, on a encore dû bouger le camion car on bouchait l'entrée du garage et les employés ne comprenaient pas ce qu'on faisait là…

Après cette journée foireuse, on a été plus stratégique : on s'est mis directement là où il n'y a pas de matchs de cricket, on a décliné toutes les invitations, mais on s'est quand même fait dévorer par les moustiques et on a crevé de chaud (la journée, la température monte jusqu'à 40 degrés dans le camion et, la nuit, ça descend à 35… fraîcheur!).

Heureusement, il y avait un joli vieux fort portugais, un petit port de pêche et un village bien animé pour justifier notre petite escapade car, dès jeudi 17 mars, on a dû revenir à Mumbai avec le camion pour récupérer nos passeports et, surtout, faire les dernières formalités de sortie du district pour notre camion.

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Mais, dès le 17 mars à 16 heures, tout était sous contrôle. 

Désormais, nous avons récupéré notre camion. Toutes les formalités de visas, de lettres d'invitations, d'agence chinoise sont réglées et, notre prochain souci sera le visa russe, vers la fin-mai… cela laisse l'esprit bien libre pour découvrir l'Inde et son réseau routier !

 

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Mardi 29 Mars 2016

GUJARAT et RAJAHSTAN

L'Inde, c'est très étrange…

Le réseau routier est un mélange de porridge chaotique qui englue tes roues, un lieu de rencontre extra-insolite où, sur 15 mètres, tu peux croiser un chameau qui tire une charrette, une moto qui transporte des jarres dorées dignes du musée pan-hellénique d'Athènes, des femmes transformées en arbre horizontal vu l'importance du fagot porté avec prestance, une fourgonnette qui fait du co-voiturage avec 50 personnes attachées les unes aux autres, essaim roulant qui se désagrège à chaque dos d'âne.

Bref, l'Inde en camion, c'est une invitation à la lenteur et à la passivité des kilomètres parcourus dans une chaleur étouffante.

Et pourtant, c'est épuisant. Chacun se faufile à toute allure, aucune règle n'est respectée sauf celle de l’agglutinement et de la recherche de l'esquive pour gagner quelques mètres.

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En une semaine, on a parcouru 800 kilomètres, bien qu'on ait roulé presque tous les jours de 11 heures à 17 heures (avec une pause de midi, bien sûr). 

Et ce qui est étrange c'est que, bien que la distance augmente si lentement, on change d'espace à toute allure. 

En quittant Mumbai, on avait l'impression de laisser derrière nous une antique  cité amazonienne d'Amérique du Sud. 

100 kilomètres plus loin, on affrontait les pires essaims de moustiques, sortes de concentré écossais, norvégien et finlandais de plein été.

200 kilomètres plus loin, c'était l'Afrique, avec ses petites maisons disséminées dans les broussailles et bercées par le tamtam du soir…

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En 10 jours, on a pris le temps de visiter quelques hauts lieux de la culture indienne.

Nous avons commencé par un antique aquaparc aux portes de Mumbai. En France, cela aurait fait longtemps que le site aurait été classé insalubre ou offert à la destruction… Mais, forts de nos vaccins contre la polio et le tétanos, on s'est éclaté dans la piscine à vagues, la cuvette magique, la bouée infernale ou le tapis volant. Cela faisait du bien de se rafraîchir un peu, et ça m'a rappelé toute ma jeunesse et les soirées mousses puisque, pudeur indienne oblige, j'ai dû garder un T-shirt et un petit pantalon pour me baigner.

Après cette escapade sportive, nous avons fait un arrêt culturel à Pavadagh, dans le Gujarat, où se trouve une colline volcanique de 700 mètres de haut, au sommet de laquelle trône un temple hindou. C'est endroit ne doit pas être très fréquenté par les touristes étrangers, car tout était écrit en hindi et on s'énervait à vouloir payer, pour prendre un téléphérique, un tarif qu'on croyait être celui des enfants, alors que c'était celui des handicapés ! Heureusement que mon sens de l'autodérision a réussi à faire passer ma maladresse pour un syndrome de dégénérescence avancé…

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Au sommet de la colline, il y a, outre un tout petit ridicule brin de fraîcheur, le sanctuaire de Vishnu. Comme on ne comprenait rien aux panneaux, on a suivi les gens devant nous et on s'est retrouvé dans une procession où il fallait enlever ses chaussures, toucher une statue d'éléphant, sonner une petite cloche, se mettre du rouge sur le front, donner des sous à un vieillard hirsute, alors que nous, on était juste venus pour prendre une photo du sommet. 

Au pied de la colline, il y a d'importantes mosquées du XVème siècle, du temps où cet endroit était une capitale du nom de Champaner. A chaque bataille perdue, les soldats devaient se jeter en bas des falaises de la petite colline de 700 mètres… Encore une agréable coutume pour fabriquer des veuves et des orphelins. Pour changer les idées à son peuple décimé, le souverain a construit de belles mosquées où aller promener son chagrin. Une fois de plus, le mélange des styles est fabuleux. C'est beau de voir les cultures se tisser des tapis de ferveur de l'islam à l'hindouisme. Et partout se retrouvent ces forêts de colonnes, ces fenêtres ajourées, cette pénombre sacrée qui se reflète dans les dalles polies depuis des siècles par les pieds des fidèles, quelle poésie !

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Nous avons ensuite découvert la cité d'Udaipur, au Rajasthan, et ses palais magnifiques, petite Venise en colonnettes et balconnets de Maharaja.

Là aussi, tout semble pourrir tranquillement… On a visité un petit musée dans une importante bâtisse du XVIIème siècle où les chauve-souris ancestrales continuent de pisser en stalactite depuis des lustres. Coralie a adoré se perdre dans ce labyrinthe de petits couloirs presque abandonnés où surgissent des marionnettes poussiéreuses, une procession royale en cire antique, et même le plus grand turban du monde, sorte d'énorme étron de 30 mètres lové dans une vitrine.

Après un bon petit repas de midi en terrasse au bord de l'eau, on a joué les James Bond en bateau sur le lac en fin d'après-midi, très joli !

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L'autre belle merveille du Rajasthan que nous avons visitée, c'est la ville de Bundi. Un palais de princesse est accolé à la montagne, avec de magnifiques petites fresques du XVIIIème siècle, des éléphants de pierre en guise de portail et de fines colonnades. Rudyard Kipling serait, d'après la légende, tombé amoureux de l'endroit… c'est vrai que c'est magique !

On a mis deux jours à visiter la ville car, le jeudi 24 mars, c'était « Holy » et, « Holy », c'est la folie ! C'est un peu le carnaval de Monthey, sans les confettis mais avec des sacs de poudre de couleur indélébile qu'on se jette à la figure, et de la mauvaise bière au lieu du petit vin blanc… Pour tout dire, on n'a pas trop aimé, l'ambiance n'est pas très sereine. Il y a des barrages routiers improvisés pour te balancer de la poudre partout, les gens rient de te voir aspergé et les jeunes sont plutôt agressifs… Mais c'est vrai que c'est très joli ! Les gens ont le visage violet, orange, bleu, pire qu'après une soirée « Blue Curaçao ».

Mais quand c'est « Holy », tout est fermé.

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Du coup, on est revenu vendredi pour visiter le palais, se perdre dans ses petits couloirs, rêvasser devant les fresques où Shiva lutine avec ses petites servantes. Avec Coralie, on est même parties à l'assaut du Fort pendant que les garçons restaient à dresser des écureuils. Le gardien nous a donné un gros bâton pour nous battre contre les singes poilus… On n'étaient plus très courageuses et, après 500 mètres d'un cheminement dans les ronces, les pierres tombées et les singes rieurs, on est revenues en disant que c'était génial et que les garçons avaient tout manqué juste pour se redonner une contenance !

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Et, à propos d'animaux, c'est vraiment marrant de s'arrêter pour bivouaquer dans la campagne car, outre les moustiques, on découvre plein d'animaux surprenants : des perroquets qui volent de branche en branche, des paons magnifiques qui trônent sur des tas de crotte, comme une vulgaire petite poule, et des buffles qui se baignent dans des mares puantes.

Mais, un des objectifs de notre séjour en Inde était le suivant : voir le fameux Tigre du Bengale. Depuis Mumbai, on s'était fixé comme but la visite du Ranthambore National Park dans lequel se reposent une trentaine de tigres.

Tout d'abord, nous avons laissé passer le week-end pour que les aimables félins se soient aussi remis de leur « Holy » dans la savane. Nous sommes allés bivouaquer en limite du parc national pendant deux jours pour s'imprégner de cette ambiance d'herbes sèches, de petits buissons piquants et de singes sauteurs. On en a aussi profité pour faire quelques grosses lessives et, malheureusement, notre drap de lit rose nous a trahi : un garde forestier a soudain surgi en nous demandant ce qu'on faisait là. Il était très fâché. On l'a joué ingénu (« What is the problem ? » « We don't want to disturb ») et on a plié notre campement en un temps record, on avait disparu que le mec cherchait encore à embrayer sa moto… Drôle de tigre !

Et le lundi 27 mars, on s'est levé à 4 heures du matin pour aller poireauter devant les guichets officiels qui ouvrent à 5 heures du matin. On s'était garé en face de la cahute pour la nuit, ce qui fait que les enfants pouvaient continuer à dormir. C'était une drôle d'ambiance de gars qui travaillent pour des agences et viennent aussi très tôt pour trouver des places pour les clients de dernière minute. Ça papote, tout le monde est sur son téléphone, ça crache, ça rote, et, en douce, ça essaie de gruger une place… A 5 heures, des néons se sont allumés, ce qui a détourné l'attention des moustiques qui étaient en train de faire un festin. A 5 heures 15, d'autres néons se sont allumés, les gars derrière les guichets sont allés chercher des cafés et, à 5h30, les grilles ont été ouvertes et là, ça a été la ruée ! On nous avait dit de courir vers le guichet 5… Etait-ce un leurre ? En tout cas, tout le monde se bousculait dans tous les sens et, forte de mon unique condition féminine, je me suis jetée sur le fameux guichet pendant qu'Olive faisait le garde du corps, ai donné un papier sur lequel était écrit qu'on voulait une jeep pour 5 personnes. A 5h45, on avait payé et notre chauffeur nous attendait pour 6 heures. On est vite allé réveiller les enfants, on était super contents que notre plan ait fonctionné et qu'on ait réussi à obtenir une jeep… Mais, à 6 heures 10, nous avons déchanté… En fait, les jeeps ne sont disponibles que si on réserve 3 mois par avance sur internet et, le gars du guichet 5 nous avait juste vendu 5 places dans un « bateau mouche » en forme de camion militaire sans toit avec 20 autres personnes…

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Notre virée naturaliste à la découverte de la nature sauvage et intime n'a donc pas été une réussite ! Les jeeps et les camionnettes se suivent sur différentes pistes pour rejoindre un lac où le tigre est censé venir s'abreuver. Mais, vu le bruit des amortisseurs, de l'accélérateur, des cris des touristes et toute l'excitation ambiante, je crois que même l'ours en hibernation aurait pris le temps d'aller se cacher ailleurs. On a quand même vu de belles petites bêtes (outre les touristes de toutes les nations) : des crocodiles en mode sous-marin dans une petite marre, de beaux échassiers, des biches, des cerfs, des cochons sauvages et, forcément, des singes. De temps à autre, le « guide » faisait arrêter le camion à un endroit « stratégique ». Il coupait le moteur et on faisait semblant d'attendre la bête sauvage. A 9 heures, le guide nous a emmené vers une petite bâtisse où on pouvait faire pipi et se dégourdir les jambes (visiblement, le tigre ne doit pas fréquenter l'endroit… on pouvait se balader où on voulait sans souci) et à 9 heures trente, on est reparti pour le centre-ville. Beaucoup de bruit pour rien… On a quand même acheté deux tigres en peluche pour ramener un petit trophée de ce safari au rabais !

Heureusement qu'il reste encore le Taj Mahal à visiter, sinon on aurait perdu tout intérêt pour ce pays !

 

 

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Vendredi 1er Avril 2016

NOS RENCONTRES INSOLITES…

Ce qui est difficile, depuis qu'on a récupéré le camion, c'est que nos nuits sont vraiment peu reposantes : il y a soit du bruit, soit trop de chaleur, soit des moustiques, soit tout à la fois ! 

Comme il fait très chaud, les gens ont tendance à travailler la nuit. L'autre soir, un gars rebouchait un trou vers 23 heures… Pendant une heure, les cailloux grattaient la pelle en un crissement délicieux. Une autre fois, on était garé pas loin d'une ligne de chemin de fer, et ça klaxonnait autant que sur la route, à croire que même les cheminots essaient de se dépasser et de se faire des queues de poisson ! Et, le mieux qu'on ait vécu, c'est un groupe de jeunes qui étaient venus nous voir en fin d'après-midi à un bivouac qu'on croyait être au milieu de nulle part et qui sont revenus le lendemain, à 6 heures, pour papoter autour du camion et, toutes les 10 minutes hurler : «Good morning !» «Wake up ! ». 

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Bref, on accumule la fatigue et, parfois, ça nous rend un peu désagréables… La route est relativement stressante et sans cordialité et, quand on s'arrête quelque part, il y a très vite une vingtaine de personnes autour du camion. C'est pas grave, on aime bien être populaires…

Mais, parmi ces gens, il y a les curieux, les gentils, prêts à nous aider ou nous renseigner, mais aussi les audacieux qui se pendent au rétro viseur, les hardis qui ouvrent la portière, et tous ceux qui rient d'une bonne blague à notre compte faite en langue locale. Du coup, on n'est plus toujours très réceptifs à la découverte de l'autre… Il est difficile d'avoir une relation tranquille avec juste une ou deux personnes, c'est tout de suite la foule, les rires, les crachats, la vie normale quoi. 

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Et pour communiquer, finalement, peu de gens savent l'anglais. On sait quelques mots en Hindi, mais cette langue n'est même pas comprise par tout le monde, bref, ce n'est pas toujours facile de se faire comprendre. Et quand il y a 20 personnes autour de toi, c'est plus compliqué de prendre le temps de faire des gestes pour 20 paires d'yeux, des bruitages pour 40 oreilles ou des explications pour 2 univers si différents. C'est ce qui est curieux, parfois, c'est qu'on a l'impression que le fil qui nous relie à tout être humain est parfois tellement ténu ou invisible qu'on ne sait pas par quel bout commencer pour expliquer notre voyage, quand, en face de nous, ce sont des gens qui voyagent juste à pied d'un champ à l'autre.

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L'autre soir, nous cherchions un bivouac un peu éloigné de la route et des moustiques pour passer enfin une soirée reposante. Nous avons repéré une petite route qui partait en direction de champs de blés, nous avons pris une piste et nous sommes garés sous un arbre, heureux d'avoir trouvé le bivouac de rêve. Après 2 minutes, c'était comique, des têtes se sont mis à surgir des champs de blés et toute une famille a débarqué devant le camion avec des serpettes du Moyen Age à la main, des grands sourires et des gestes surpris pour montrer l'intérieur du camion. 

On leur a expliqué que c'était notre maison et, le chef de famille, un grand bonhomme avec une barbe à la Krishna et des longs cheveux de messie, nous a invités pour venir manger chez lui. On était un peu fatigués mais, vu l’insistance du monsieur, on s'est laissé tentés. On est alors parti en un long cortège jusqu'à sa maison dans le petit village en face des champs. C'était terre battue, crottes séchées et murs en paille à tous les coins de rue.

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Pour entrer dans la maison, il fallait enjamber trois gros buffles baveux. On s'est ensuite retrouvés dans une petite cour. Les femmes m'ont emmenée avec Coralie dans une autre pièce avec deux gros sommiers et une télévision, pendant qu'Olive partait boire un verre de whisky avec les hommes et que les enfants allaient découvrir le village. Entre femmes, on a fait l'inventaire de nos différences, ça les faisait marrer : pas de piercing dans le nez, pas de voile, pas de bagues aux orteils, la femme blanche est bien pauvrement parée… Heureusement que je m'étais mis du vernis sur les ongles, ça faisait quand même un peu classe !

Ensuite, on est allées s'accroupir à la « cuisine » pour préparer le souper. A même le sol, la maîtresse de maison, une femme qui doit avoir mon âge mais qui a la peau toute ridée et trois dents en moins, a mis sa serpette entre ses pieds et s'est mise à couper des carottes en les « fendant » sur son outil. Ensuite, on est allé faire les « chapati », des galettes de pain qui cuisent sur un petit four concave. On s'est marré car elle m'a montré comment faire, et ensuite, c'était mon tour de préparer les galettes, mais c'était un peu l'échec, ça collait et mes chapati étaient ressemblaient au lac des 4 cantons au lieu d'avoir une jolie forme ronde. Et, finalement, on s'est retrouvé toute la famille (nous 5), installés sur des matelas, à manger du « dhal » (une petite soupe de pois chiche) avec du riz, des tomates, des carottes et des chapati, pendant que le reste de la maisonnée venait nous voir manger. Après, on s'est tous installés pour faire des photos qu'on a imprimées et, vers 23 heures, on a insisté pour rentrer à notre camion pour aller dormir. 

Raconté comme ça, ça a vraiment l'air d'une belle rencontre… mais, la face cachée de cette histoire, ce sont les propositions insistantes que nous avons reçues. 

Lorsqu'Olive était avec les hommes, le maître de maison a insisté à plusieurs reprises pour qu'Olive épouse sa fille de 15 ans. Et, pour ma part, quand on est allé faire la tournée des tantes, grand-mères et nièces de tout le village, on m'a mis deux fois des enfants dans les bras en me disant : « Emmène-les en France ». ça fait bizarre de voir que l'attachement familial n'est pas une notion universelle et que les mamans étaient prêtes à laisser partir leur petit enfant qui pleurait dans mes bras avec une dame inconnue… Au final, on ne savait pas si on devait se réjouir d'avoir vécu un beau moment avec ces gens ou si on devait être écoeuré des propositions qui nous avaient été faites. 

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L'autre chose qui est également pas toujours facile à apprécier, c'est notre relation à l'argent. Evidemment, quand les gens nous voient arriver dans notre gros camion, on dirait qu'on est une banque ambulante !

Une fois sur deux, on nous propose un prix de cochon. Si on reste optimiste, c'est chouette, cela veut dire que, la moitié du temps, on ne nous prend pas pour une vache à lait et on nous considère comme des consommateurs normaux. Mais si on est fatigué, qu'on a trop chaud, que nos piqûres de moustiques grattent, qu'on a soif et les cheveux qui collent, nous pouvons devenir assez rances si la personne en face de nous rajoute quelques zéros sur la facture ! Et c'est dommage car, après coup, on se sent un peu moche d'avoir eu une relation aussi désagréable.

Finalement, mieux vaut en rire, mais cela fatigue pas mal de garder toujours la bonne humeur face à la foule, à l'arnaque, aux sourires goguenards des badauds qui voient qu'on se fait avoir ! 

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Lundi 4 Avril 2016

MAIS QU'EST-CE QU'ON MANGE ?

Une amie qui nous veut du bien m'a suggéré d'expliquer ce qu'on mangeait tous les jours. Comme j'étais un peu fatiguée ce jour-là, je lui ai répondu que je n'avais pas le temps de faire un blog culinaire avec des photos de cupcake ou de macarons bicolores.

Mais après réflexion, c'est vrai que cela mérite de se poser la question : mais qu'est-ce qu'on mange depuis le début de notre voyage ? 

C'est facile. C'est à la fois varié et toujours la même chose…

Au petit déjeuner, cela fait depuis le début du voyage que je mange inlassablement des corn-flakes (locales) avec du lait (local) pendant qu'Olive boit son petit café (Nescafé en poudre, c'est parfois de l'or en boîte, mais le goût est vraiment bon). Mais depuis l'Inde, c'est dur de trouver du lait pasteurisé et, vu les températures chaotiques de notre frigo (on le coupe la nuit pour ne pas que son moteur « réchauffe » le camion), le lait, le matin, ressemble souvent à du yogourt faisandé… Je crois que je vais devoir abandonner les corn-flakes !

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Quant aux enfants, ils ont abandonné depuis la Turquie le jus d'orange (on ne trouve plus de brique de jus d'orange, ou cela coûte une fortune). On a acheté un presse orange ergonomique, mais comme on en met partout, on a arrêté d'acheter des oranges, et on mange des mandarines ou des bananes écrasées au sucre. 

Et sinon, on mange des tartines sur le pain local ou sur des toasts ou, les jours où nous n'avons plus rien, sur des biscottes de secours ! En Inde, il n'y a pas de boulangerie. On achète les « chapati » (des galettes de pain) dans les restaurants qui nous les font à l'emporter. Et on a de la peine à trouver du pain toast… Quand je dis « toast bread », bien souvent on me sort une vieille brosse à dent poussiéreuse, la fameuse « tooth brush » qui se prononce « toast bread » dans la langue locale !

Depuis le début du voyage, on a toujours trouvé du miel. Pour la confiture, c'était parfois délicat (une fois qu'on avait fini les bonnes confitures données par Sylvie!). En Iran, il y a surtout de la confiture de carotte… exotique !

A midi, de la Turquie juqu'aux Emirats, pendant 6 mois, on a souvent mangé une boîte de thon, avec des tomates ou en salade ou en sandwich avec un petit paquet de chips. A la fin, on en avait un peu marre, c'est vrai ! Et quand c'était pas « thon », c'était « oeuf » : brouillé ou au plat, avec le pain local et saupoudré des épices ou des herbes du pays.

Et quand c'est la fête, on s'offre un petit resto. En Turquie, pour 15 euros, on avait 5 beaux kebabs délicieux. En Iran, pour 6 euros, on avait un gros plat de riz au beurre et au safran avec du poulet et des tomates pour les 5. Par contre, aux Emirats, on n'a pas osé mettre les pieds dans un restaurant, de peur de payer déjà 50 euros pour la clim et le siège en cuir. 

En Inde, on a enfin quitté le royaume du thon. On s'arrête sur les bords de route dès qu'on voit des petits marchands ambulants. On achète des trucs frits soit disant pas trop « spicy », c'est souvent excellent. On en a pour 2 euros pour toute la famille, et on rajoute 3 tomates et notre repas de midi est complet ! Bien sûr, on n'hésite pas à s'arrêter au restaurant quand on en trouve un, car c'est super bon et vraiment bon marché (on en a pour 10 euros pour toute la famille avec 3 plats différents, bien cuisinés, avec de bonnes épices, de bonnes herbes fraîches, du riz, du pain, des boissons).

Et le soir, d'abord on commence par l'apéro. Une valeur sacrée aussi importante que la douche ou le brossage de dent pour se sentir heureux et apaisé. Depuis le milieu de la Turquie, bien sûr, l'apéro ne nous fait plus tellement délirer, c'est « without alcohol ». Le seul « clic » sur une boîte fraîche n'était pas celui d'une bonne bière (la fameuse « Efes »…) mais celui de la fameuse boîte de thon. Du coup, l'apéro était composé de boissons locales sucrées (au lieu de « Fanta », c'était du « zam zam Orange » et à la place du « Sprite », une espèce de liquide de refroidissement verdâtre du doux nom de « Mountain Dew » dont on est devenu fan !) Aux Emirats, on s'est fait offrir une bouteille de whisky, et à Oman, c'est une bouteille de vodka qu'on a reçue après une soirée déjà bien arrosée chez Oncle Saïd… 

Et pour accompagner ces petits breuvages, on a goûté pendant quelques mois aux délicieuses olives locales, puis aux cacahouètes du pays et, désormais, c'est pop corn, carottes en bâton et petit chips. En Inde, il y a des « wine shop » dans certains endroits touristiques. Mais, comme on fait les rats à vouloir payer le prix affiché sur la bouteille (on a découvert que la bouteille de Kingfisher de 600 ml qu'on payait 150 roupies était affichée, sur l'étiquette, à 83 roupies…), cela fait depuis deux semaines qu'on tourne au « Mountain Dew ».

Pour le souper, on mange soit des pâtes à la sauce tomate, soit du riz à la sauce tomate, soit des patates à la sauce tomate… Mais parfois, on fait aussi de bons haricots au beurre, une petite ratatouille envoûtante ou alors, best du best, on faisait revenir des patates qu'on mélangeait avec des petites saucisses sur lesquelles on cassait des oeufs. J'en parle au passé car cela fait belle lurette qu'on a quitté le royaume de la petite saucisse !

En Turquie, on se faisait parfois de délicieuses grillades avec Esthelle, Cyril et Cédric sur des feux de broussailles. 

En Oman, on a découvert le steak congelé par 12 ultra-fin. On faisait un bon feu, on grillait ces petites soucoupes reconditionnées avec des pains ronds, un délice ! Sans oublier, parfois, quelques blancs de poulet revenus aux petits oignons.

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Et, depuis l'Inde, on est végétarien…

Comme on a un four, on fait aussi des pizzas avec une petite pâte sablée à l'huile d'olive, trois tomates et cinq petites herbes un délice ! Et presque tous les soirs, on fait un gâteau, soit un cake au citron, soit au cacao, soit un clafoutis aux pommes ou aux prunes. En Bulgarie, on avait même fait des petits soufflés aux mûres récoltées sur le bord du chemin, un délice !

Mais, depuis qu'on est en Inde, on crève tellement de chaud qu'on envisage comme un cauchemar d'allumer le four, départ pour l'enfer !

Dans notre camion, on a toujours de l'huile d'olive, des grains de maïs pour faire des pop corn, des biscuits, des tomates, des oignons, du riz, des patates, des pâtes, des oeufs, du sucre, de la farine, de la purée de tomate, produits de base…

Ensuite, ce qu'il faut chercher un peu tous les jours, c'est des fruits, du pain et de l'eau en bouteille. Depuis l'Inde, l'eau de notre réservoir ne nous sert plus que pour la vaisselle et la douche, et on cuisine avec de l'eau en bouteille. On passe environ 10 litres d'eau en bouteille par jour pour toute la famille. En Iran, le budget « eau en bouteille » était plus élevé que le litre d'essence !

Un jour, en Turquie, un paysan nous a amené un sac entier d'épis de maïs. On a mangé du maïs pendant trois jours.

En Iran, on a essayé de cuisiner des petits légumes verts coniques. C'était long à préparer, tout gluant, peu concluant…

Et, l'autre jour, on nous a offert un sac de petites mangues, mais elles étaient trop vertes. J'ai essayé d'en faire une petite compote dans un sirop de sucre roux, mais sans succès…

A Oman, on nous a offert des crabes qui ont répandu une odeur de marée dans tout le camion… pas terrible. Un petit poulpe a appris à voler tellement on a été incapable de le cuisiner. Heureusement, on a eu plus de succès avec les homards qu'Olive était allé pêcher avec trois jeunes à Oman.

Bref, manger continue d'être un vrai plaisir, même si, parfois, faire les courses est un peu fastidieux. Les légumes sont à un coin de la rue, les fruits à un autre, les condiments dans une impasse et les féculents au bout de l'avenue centrale ! Et bien sûr, ça prend du temps… faut négocier, tâter, recalculer, se marrer et payer. Des fois, ça prend trop d'énergie !

Dans le camion, on s'est, un peu malgré nous, réparti des rôles : Olive cherche les pièces pour réparer le camion en faisant la tournée des mécanos, pendant que moi je fais les courses, assistée des enfants qui goûtent, négocient, amusent la galerie, pendant que je compte mes patates, mes tomates et mes sous.

Pour la préparation du repas, Seb et Alex s'occupent du pop corn et des cakes en toute autonomie, pendant que Coralie pèse, touille, goûte. Depuis l'Inde, Seb s'occupe de préparer les plats principaux quand il a le temps. Sinon, c'est beaucoup moi qui fais, car c'est fonction de qui a conduit le plus dans la journée et, ces derniers temps, je n'ai pas beaucoup touché le volant, la conduite fait trop peur !

Ce régime alimentaire doit bien nous convenir car, touchons du bois, nous n'avons presque pas eu d'épisodes gastriques foireux. Juste quelques moments comiques dus à la chaleur, à un plat un peu périmé à Agra ou un agneau iranien un peu faisandé…

Et comme le dit la devise des restaurants indiens : « Come hungry, go happy ! »

 

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Samedi 9 Avril 2016

UTTAR PRADESH

L'Uttar Pradesh, c'est la région de tous les superlatifs.

La « Youpie » country (U.P, Uttar Pradesh pour les intimes) ferait valser un paralytique de son fauteuil, tellement tout y est excessif. 

C'est là qu'on a eu la conduite la plus tarée, mettant le plus nos nerfs à vif. D'ailleurs, à la fin, on roulait plein feux, klaxon en mode « Rio » et grands gestes à la fenêtre. Ça n'a pas empêché 15 bus de se retrouver en face de nous dans un dépassement intempestif, 20 camions de nous frôler dans un bruit de ferraille atroce, 35 voitures de nous faire des queues de poisson tout en nous prenant en photo et 50 motos de nous sortir sous les roues… On a frôlé l'accident tellement de fois que, même une fois garés pour le bivouac, on avait encore peur qu'un véhicule ne surgisse dans une trajectoire improbable.

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C'est là qu'on a eu le plus chaud. Ce n'était plus un four ou un sauna, c'était carrément l'antre du démon ! En roulant, il faisait 40 degrés dans la cabine, avec les fesses qui collent et la peau du dos qui ruisselle. A l'arrêt, il faisait 40 degrés dans la cellule, avec l'envie de se mettre les 5 sous la douche froide, mais elle fait moins d'un mètre carré et on se douche avec 3 litres par personne…

C'est là qu'on a le plus souffert des moustiques. Après avoir roulé, le camion est chaud. On ouvre donc tout pour tenter de refroidir légèrement la température intérieure. Et, 20 minutes plus tard, la température n'a pas baissé, mais une colonie de moustiques est venue se planquer un peu partout, attendant la nuit pour venir siffloter à nos oreilles et appeler leurs copains, à travers nos moustiquaires pourries du camion. Et après, c'est parti pour une nuit sans sommeil. Si on allume pour les chasser, d'autres moustiques se glissent par les aérations des fenêtres. Si on ferme tout, on meurt de chaud. Au final, on dormait sur nos serviettes de bain qu'on essorait le matin, et, ensuite, on s'est acheté des moustiquaires intérieures, pour dormir sous cloche comme de vieux fromages puants.

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C'est là qu'on a eu le plus gros souci du voyage. On était dans Agra, en train de surveiller si une hauteur de pont était suffisante lorsque, soudainement, un bruit terrible suivi d'un gros psssschit nous a fait craindre le pire. En fait, on avait roulé sur un rail qui traînait par terre et qui a tout déchiré notre pneu avant gauche… C'était moche ! Et, le plus difficile, ça a été ensuite de gérer l'attroupement. Un groupe d'une cinquantaine de personnes désoeuvrées, plus le double d'enfants dépenaillés se poussant depuis le caniveau pour mieux voir, ça ne laisse pas beaucoup de place pour changer de roue. 

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Et, depuis, on se promène avec une roue de secours décorative (impossible de trouver du Michelin de notre diamètre en Inde) et nous n'avons plus qu'une roue de secours opérationnelle… Olive a fait la tournée des garages d'Agra avec le patron d'un restaurant chez qui on était allé manger le soir d'avant, mais sans succès (si ce n'est une petite intoxication alimentaire pour toute la famille, car on est retourné manger dans son resto le soir où il  s'était baladé dans Agra avec Olive et ses plats n'étaient plus très frais vu qu'il n'avait pas eu beaucoup de temps pour faire la cuisine…)

Mais c'est là aussi qu'on a vu les plus beaux monuments. Le Taj Mahal est vraiment impressionnant. C'est effectivement une beauté pure et immaculée, posée sur un écrin de touristes bariolés et grouillants (en petits chaussons jetables pour faire semblant d'être pieds nus).

Et, avant le Taj Mahal, on a visité la grande mosquée et le palais de Fatehpur Sikri, une autre merveille. Fatehpur Sikri est une petite ville à 40 kilomètres d'Agra qui a été, le temps d'un petit règne, capitale de l'empire Moghol de 1571 à 1585. Comme l'empereur avait trois femmes, l'une hindoue, l'autre chrétienne et la troisième musulmane, il a fait un beau petit mélange de coupoles, de voûtes cintrées et de clochetons pour leur faire plaisir. 

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Dans la famille impériale moghole, le respect filial n'avait pas l'air d'être une vertu très développée… Le fils a abandonné la capitale fondée par son père pour aller à Agra. Le petit fils a fait construire le Taj Mahal et l'arrière petit fils a enfermé son père dans le fort d'Agra, en lui laissant quand même une petite vue sur le tombeau de sa femme. C'est Shakespeare chez les Mac Moghol. En quatre générations, toute une splendeur de palais est née et on s'est régalé, avec Alex et Coralie, à se balader dans le fort rouge d'Agra à la découverte des différents styles de la dynastie, pendant qu'Olive et Seb se remettaient des nuits sans sommeil.

Et comme on avait envie de calme et de sérénité, on a résolument évité Delhi pour partir au nord, à la recherche des montagnes… mais la route fut longue !

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UTTARAKHAND et PUNJAB

En Inde, après l'éléphant, le tigre et le Taj Mahal, il y a encore un incontournable qu'on ne peut pas ignorer : le Gange.

C'est une Eglise à ciel ouvert, bouillonnante, serpentante et alanguie sur des milliers de kilomètres.

La légende raconte que l'oiseau de Vishnu aurait volé un vase dans lequel se trouvait un élixir d'immortalité et, dans une voltige audacieuse, pour éviter ses poursuivants, il aurait laissé tomber quatre gouttes du précieux nectar, ce qui aurait donné naissance à quatre villes. Et, tous les 12 ans, il y a un gros festival dans l'une de ces quatre villes.

Et, ça tombe bien, on y était…

Il paraît qu'il y a jusqu'à 17 millions de pèlerins qui viennent à ce festival à Hardiwar. On n'a pas compté, mais, vu le nombre de bus, de barrières, de militaires et de policiers, on s'est bien douté qu'il se passait quelque chose de spécial…

En fin d'après-midi, tout le monde se dirige vers l'endroit où Vishnu aurait mis son pied, au bord d'un bras du Gange, et , quand le soleil commence de se coucher, de la musique tonitruante sort de gros haut-parleurs, les gens tapent dans les mains, allument des bougies, font des dons aux flics de la ville qui leur offrent en contre partie de jolis reçus sur le même papier qu'un carnet de contraventions.

A part toute cette agitation, c'est étonnamment calme. Tout le monde est assis, pied nu. Certaines personnes se plongent dans l'eau, remplissent des bidons d'eau sacrée, allument de petites bougies posées sur des coupes en feuille avec des fleurs.

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Pour bien profiter de la cérémonie, on s'est payé des places assises sur un « autel » où brûlait une lanterne sacrée que venaient toucher les fidèles. J'avais très peur de mettre le feu à mon T-shirt quechua en lycra, mais Vishnu était avec nous et on a été émerveillés par cette ferveur. On a même acheté une petite bougie qui doit maintenant être échouée dans un bras de rivière puant plein de déchets… à moins qu'elle ne soit déjà à Bénarès.

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Ensuite, on a voulu aller avec notre camion à l'intérieur des montagnes, vers la vraie source du Gange. Mais la route n'est vraiment pas faite pour notre camion… trop de fils électriques bas, d'arbres inclinés, de rues étroites. On s'est stressé pendant deux heures pour faire 40 kilomètres, puis on a abandonné et nous voilà de retour dans la plaine, à la découverte de Chandighar, ville créée par Le Corbusier dans les années 50.

C'est effectivement très suisse : il a y de grandes routes droites, propres et peu fréquentées, avec des petits jardins et des abris anti-atomiques en guise de Cour suprême, de Tribunal, de maisons. On a trouvé un petit parc sympa et on va se reposer un peu…

 

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Samedi 16 avril 2016

PENJAB de droite (INDE) et PENJAB de gauche (PAKISTAN)

Bien sûr, passer une frontière est quelque chose de très symbolique.

C'est une ligne sur une carte, qui devient un trait de barbelés sur le terrain, un bureau administratif de part et d'autres, avec un jeu de lettres entre EXIT et ENTRY.

Pour le Penjab, c'est très frappant.

La même région a été séparée en deux. 

Les champs de blé sont donc les mêmes, les vaches ont les mêmes cornes, les bergers s'asseyent sur les mêmes talons, les tas de crottes sont aussi bien alignés et les moustiques sont toujours là. On parle « penjabi » des deux côtés.

Et, pourtant, à y regarder de plus près, on a bien changé de pays…

Dans le Penjab de droite, en Inde, on a galéré avec nos pneus. Ça aurait pu être comique, mais ça a presque failli tourner au tragique ! 50 kilomètres avant la frontière et un jour avant la fin de notre visa indien, notre camion était sur trois roues, posé au bord de la route… 

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Ces pneus, c'est une longue histoire qui traine depuis l'Iran. Pour la faire courte, on est parti avec 6 pneus neufs. En Iran, un imbécile a cru devenir malin en nous balançant 4 coups de couteau dans chacun de nos 4 pneus. Aux Emirats, on a racheté 2 pneus d'occasion, mais c'était des grosses daubes. A Oman, l'un des pneus s'est déchiré. Et, depuis, on nous fait croire qu'on peut réparer nos pneus abimés. Alors, on fait réparer nos pneus, et la réparation pète quelques kilomètres plus loin…. En plus, à Agra, on a malencontreusement roulé sur un rail qui traînait par terre et on a pourri un de nos derniers bon pneu… 

Bref, au final, on a passé notre dernière semaine au Penjab indien à attendre deux jours à Jalandhar chez un concessionnaire Michelin qui nous promettait monts et merveilles (mais, au moment où on a gonflé les pneus devant lui, un pneu a pété!), puis deux jours dans un autre quartier de Jalandhar chez le fabricant « Speedway Tyres », qui nous a fait visiter son usine et nous a promis le mont, la merveille, le saint caoutchouc et la réparation bénie, mais, au final, tout a pété au dernier péage, juste avant Amritsar.

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Résultats de toute cette galère : on n'a jamais pu voir le temple d'or à Amritsar (pourtant, ça n'avait pas l'air d'être trop moche…). On a transpiré comme des bêtes pendant 4 jours à monter des pneus, redéfaire des pneus, se précipiter sous le camion pour vite mettre le crick avant qu'on ne s'affaisse trop, guetter toutes les explosions suspectes, rouler à 20 à l'heure et voir le caoutchouc mal posé des réparations se mettre à puruler sur le pneu… 

Il y a quand même eu quelques aspects positifs dans cette dernière semaine en Inde. 

Pour passer le temps, on est allé à la Cité de la Science, à 10 kilomètres de Jalandhar. C'était vieillot mais marrant. 

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Ensuite, des journalistes, intrigués par nos stations prolongées en ville , sont venus nous interviewer, et on est passé à la télé, ainsi que dans le journal régional. Déjà que, avant, tout le monde voulait nous prendre en photo, mais, là, ça a été l'émeute ! A tel point que, lors de notre dernière crevaison, un couple de gens très gentils qui possèdent toute une chaîne de restaurants chics et qui nous avaient vu en photo dans le journal, nous ont invités pour un dernier repas « indien » dans leur restaurant. Ils nous ont régalé avec des cocktails à la vodka et des pizza aux boulettes, c'était l'euphorie, on en oubliait presque les moustiques et le chant lancinant du pneu qui fuit au fond des bois.

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Et, le samedi 16 avril, on a roulé tout lentement en direction de la frontière, en espérant que nos dernières réparations pneumatiques de fortune tiennent le coup avant le dernier barbelé indien. On avait mis le réveil à 6h30, afin d'avoir une petite marge au cas où il faille finir en installant notre camion sur un brancard… et revenir à Dehli pour demander une prolongation de visa…

Mais heureusement, comme disent mes vénérés collègues, il n'y a pas eu de grain de sable dans la machine diabolique, et nous sommes arrivés à la frontière indo-pakistanaise vers 9h30.

 

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